Aujourd'hui ... au Moyen Age (16 novembre)

Aujourd'hui ... au Moyen Age (16 novembre)
Il y a 641 ans

Le 16 novembre 1368, Charles V informe le Prince Noir qu'il doit lui rendre hommage pour le duché de Guyenne.

Voici l'un des principaux événements politiques de la guerre de Cent Ans

Le contexte :


Charles V dit « le Sage » fut roi de France de 1364 à 1380. Habile dirigeant et homme très cultivé, il a réussi à récupérer aux anglais la plupart des terres perdues par ses prédécesseurs et à restaurer l'autorité de l'Etat grâce à une importante réforme monétaire.
Les séquelles d'une maladie l'empêchent de s'illustrer sur les champs de bataille mais il a laissé l'image d'un roi machiavélique qui tirait toutes les ficelles du jeu politique.
Sa vie sera marquée par la Peste Noire, qui ravage alors toute l'Europe et lui prendra ses héritiers les uns après les autres, n'épargnant que Charles qui lui succèdera mais deviendra fou.

Le duché de Guyenne correspond à une bonne partie de l'ancien duché d'Aquitaine, dont les frontières ont souvent varié en raison des conflits entre anglais et français.
Depuis le traité de Brétigny en 1360, le territoire que vous voyez sur la carte en haut de l'article appartient au roi d'Angleterre. Cet accord avait été négocié pour mettre une trève à la guerre de Cent Ans entre le roi anglais Edouard III et Charles, alors héritier de la couronne, qui représente son père Jean prisonnier des anglais.

Loin de l'idée que vous pourriez avoir d'une domination anglaise contrainte et mal vécue, cette période fut fastueuse pour la Guyenne.
Edouard III en confie la direction à son fils Edouard de Woodstock, prince de Galles et connu sous le nom de Prince Noir en raison de la couleur de son armure.
Le Prince Noir est un homme de victoire miliaires qui remplit les caisses de son royaume et étend son influence.
Mais son ambition démesurée va lui nuire : gourmand, il multiplie les conquêtes et lève de nombreux impôts extraordinaires pour financer ses campagnes. Le peuple commence à se révolter et finit par faire appel à Charles V, qui n'attendait qu'une étincelle pour revenir sur ses accords avec les anglais.

Le jour J :

A l'appel des comtes d'Albret et d'Armagnac qui refusent de payer un nouvel impôt, Charles V consulte des juristes français et italiens qui l'encouragent à répondre positivement.
Très officiellement, le roi de France ordonne donc la confiscation de la Guyenne. Les hostilités reprennent.

Et après :
Bénéficiant de nombreux appuis des seigneurs locaux et mieux organisé, Charles V prend rapidement le dessus. Il dirige une campagne efficace de sièges de forteresse, bien plus avantageuse pour son armée que les batailles rangées. Ils grignotent peu à peu les terres du Prince Noir. Celui-ci, malade (de la peste ?) est contraint de fuir ses terres.
Le 5 octobre 1372, il cède finalement la Guyenne au roi de France.
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# Posté le lundi 16 novembre 2009 07:32

Aujourd'hui ... au Moyen Age (15 novembre)

Aujourd'hui ... au Moyen Age (15 novembre)
Il y a 704 ans

Le 15 novembre 1305, le Pape Clément V est couronné à Lyon

Nous voilà partis sur les traces des Papes d'Avignon.

Le contexte :
Philippe le Bel a été roi de France de 1285 à 1314.
Boniface VIII a été Pape de 1294 à 1303.

Boniface VIII était un Pape avec beaucoup d'ambitions, et qui voulait notamment porter le pouvoir spirituel (de l'église) au-dessus du pouvoir temporel (des laïcs), ce qui veut dire être plus puissant que les rois.
Ce qui, évidemment, ne plaît pas beaucoup à Philippe le Bel.
La dispute s'envenime, le roi réunit ses partisans et le Pape le menace d'excommunication. Les coups se multiplient dans les 2 camps.

En 1303, le roi fini par envoyer une petite armée dans le but d'arrêter le Pape.
Boniface VII meurt 1 mois plus tard, des suites de sa violente arrestation dit-on.

Un nouveau Pape est nommé : Benoît XI.
Il cherche à faire la paix avec le roi, ce qui ne devait pas être du goût de tout le monde et il mourra (indigestion ou empoisonnement ?), après 1 an de règne.

Le jour J :
Suite à la mort de Benoît XI, les cardinaux ouvrent un conclave à Pérouse pour élire un nouveau Pape.
Il leur faudra 11 mois de débat pour finalement se mettre d'accord sur Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux .

Il devient Pape sous le nom de Clément V en 1305.

Impossible de retourner à Rome après la mort de Boniface VII. Le pape voulait se faire sacrer à Vienne, mais c'est finalement à Lyon qu'il sera couronné par Philippe le Bel.
Dominé par le roi, il ne peut que se plier à ses ordres et lorsqu'en 1307 Philippe le Bel condamnera les Templiers au bûcher, il n'en sera même pas informé.

Et après ?

En 1309, le Pape décide de s'installer dans Comtat Vénaissin, un territoire qui appartenait à la papauté depuis 1274.

Clément V prend ses quartiers dans le couvent des dominicains à Avignon.

Pour lui, cette installation est provisoire. Il ne se doute pas qu'il marque le début d'une présence de la Papauté à Avignon, qui va durer plus d'un siècle.

Vous pouvez retrouver l'histoire des Papes en Avignon ici : http://www.embarquezdanslhistoire.eu/forum/viewtopic.php?f=42&t=71
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# Posté le lundi 16 novembre 2009 06:44

Aujourd'hui ... au Moyen Age (8 novembre)

Aujourd'hui ... au Moyen Age (8 novembre)
Oulà, on s'absente quelques jours et voilà qu'il manque déjà tant d'événements dans notre aventure médiévale moderne...
Et manque de chance, aujourd'hui pas grand chose alors qu'hier était une journée bien remplie. Donc nous allons quand même faire comme si le dimanche 8 novembre n'avait pas filé aussi vite et pour se rattraper nous allons voir 3 histoires d'un coup.

Vous êtes prêts à remonter le temps ?

Alors attention, nous allons déborder un peu du contexte médiéval pour aborder quelques faits de l'Antiquité tardive, car ils ont eu un impact important sur la continuité de l'Histoire. Aujourd'hui, je vous propose de suivre l'aventure de la chrétienté, depuis ses débuts comme religion officielle jusqu'à sa toute puissance médiévale, lorsqu'un simple appel pouvait mobiliser des milliers d'hommes pendant plus de 6 ans !

Il y a 1685 ans

le 8 novembre 324, Constantin Ier décide qu'il fondera sa « Nouvelle Rome » à Byzance


Au IIe siècle de notre ère, l'Empire romain avait atteint son apogée. Mais la maîtrise d'un si grand Empire devient de plus en plus difficile, notamment avec la pression des peuples barbares sur ses frontières.

En 293, l'Empereur Dioclétien tente de reprendre la main sur l'Empire en organisant une Tétrarchie : il divise l'empire en 4 zones qu'il confie à des « empereurs auxiliaires » dont les capitales sont proches des frontières à protéger (Milan, Nicomédie, Sirmium et Trèves).
Il se réserve la Nicomédie et règne ainsi sur l'Asie et l'Egypte qui sont parmi les régions les plus riches et les plus productives de l'Empire.
Dioclétien est également responsable des grands remaniements monétaires et économiques et de nombreuses persécutions contre les chrétiens.

Constantin est un empereur en rupture avec les méthodes de Dioclétien. Né en actuelle Serbie en 272, il est proclamé Empereur en 306 par les légions de Bretagne.

Il se convertit au christianisme ce qui met non seulement fin aux persécutions des chrétiens mais encourage aussi le développement de l'Eglise en mettant Dieu au-dessus des Empereurs (édit de Milan en 313)

Contraint au début de partager le pouvoir avec de nombreux autres « Augustes », il finit finalement par prendre la tête de tout l'Occident, alors de Licinius dirige l'Orient. Mais les 2 hommes ont la même ambition et aucun ne veut céder le pouvoir à l'autre. S'en suivent de nombreuses batailles qui cesseront avec la mort de Licinius.

Constantin reste seul aux commandes, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Il le restera 13 ans, assisté par des « Césars » qui ne sont autre que ses propres héritiers (fils et neveux).

Depuis que Dioclétien a lancé la Tétrarchie, Rome n'est plus vraiment Rome. Les capitales ont été disséminées aux 4 coins de l'Empire.
Constantin veut une nouvelle capitale qui rayonnerait sur tout l'Empire, comme l'était Rome à son âge d'or.

En 324, il fixe son choix sur la cité grecque de Byzance et commence des grands travaux qui dureront 12 ans.
La ville, installée sur un promontoire, est bien plus facile à défendre que Rome. La proximité des grands fleuves Danube de Euphrate lui offrent un bon point de départ pour ses troupes envoyées protéger l'empire contre les Perses et les Goths.
Byzance est transformée en Constantinople selon le modèle de Rome, la ville aux 7 collines. Il y installe son palais, un capitole, un hippodrome, et l'église de la sagesse sacrée (Sainte Sophie)

Constantinople, la « Nouvelle Rome », sera inaugurée en grande pompe en 330.


Il y a 1617 ans


le 8 novembre 392, l'empereur Théodose interdit les sacrifices païens

On avance encore un peu dans la progression de la religion chrétienne en Europe, qui avait déjà bien commencé sous Constantin.

Théodose est le dernier Empereur romain à régner sur l'Empire réunifié par Constantin (379-395).
Né en Espagne dans une grande famille, il a reçu une très bonne éducation et s'est révélé très jeune très bon commandant militaire (dans les Balkans)

A peine 1 an après sa nomination au rang d'Empereur, il se pose comme un ardent défenseur de la chrétienté.
Il adhère au « symbole de Nicée », un texte rédigé au concile de Nicée de 325 qui affirme la foi en un Dieu unique et qui ressemble beaucoup au credo que l'on récite aujourd'hui dans les églises.
En 380, par l'édit de Thessalonique il fait de la religion chrétienne la religion officielle de l'Empire.

Mais Théodose n'était pas un grand diplomate. Voulant imposer la morale des chrétiens les plus extrémistes, il condamne à mort les homosexuels et réprime dans le sang une révolte à Thessalonique. Bilan : 7 à 10 000 morts selon les sources et l'excommunication de Théodose par l'évêque Ambroise de Milan.
Théodose campe sur ses positions dans un premier temps, mais finit par céder et se présente devant l'évêque la tête couverte de cendres en signe de pénitence et d'humilité pour lui demander pardon.

C'est sûrement pour caresser l'évêque dans le sens du poil qu'il publie en 392 un édit interdisant les sacrifices païens.
Toujours très modéré dans ses engagements, il ira même jusqu'à interdire en 394 les jeux Olympiques, accusés de diffuser le paganisme.

Il meurt le 17 janvier 395.


Grand saut dans le temps, depuis l'installation de la religion chrétienne au sein de l'empire romain tardif jusqu'au Haut Moyen Age entièrement marqué par l'influence de l'église.


Il y a 807 ans


Le 8 novembre 1202, l'armée de la 4e Croisade quitte Venise à bord de 480 vaisseaux

Cette 4e croisade devait être celle de la Papauté par excellence.... on verra que finalement ce fut plutôt désastreux...

Le Pape Innoncent III, élu en 1198, regardait avec envie du côté de Jérusalem, alors aux mains des sarrazins depuis sa reprise par Saladin.
Il décide de lancer un grand appel à la croisade, en ordonnant aux villes de fournir des hommes. Il s'adresse aux villes et non aux rois, histoire de bien garder la main sur l'expédition et ne pas la laisser aux mains d'un quelconque seigneur.
Il promet aux croisés un pardon total de leurs péchés. La réponse ne se fait pas attendre et les hommes se dirigent avec enthousiasme vers Rome. En 1200, on estime qu'il y avait déjà 10 000 soldats mobilisés.

Tous sont prêts à en découdre avec les sarrazins, mais reste encore à acheminer tout ce monde aux portes de Jérusalem.
Il est décidé de transporter les troupes par la mer, et un négociateur est envoyé à Venise pour demander le droit d'accès à son port. En été 1202, Venise accepte et les troupes sont encouragées à se mettre en route.

Sauf que depuis 2 ans que certains campent en attendant les ordres, la motivation a quelque peu baissé dans les rangs. On estime que seulement 1/3 des hommes se rend finalement à Venise pour embarquer, alors que les autres ont choisi la voie terrestres, d'autres ports, ou sont tout simplement rentrés chez eux.

Mais Venise est mécontente d'avoir engagé tant de ressources pour voir finalement si peu d'hommes et commence à faire part de ses regrets d'avoir accepté.
Un compromis doit être négocié. La ville de Zara posait quelques problèmes à Venise en refusant son autorité et la ville demande aux croisés de l'aider à la soumettre. Les réactions sont mitigés : les hommes sont venus se battre contre des sarrazins et non contre des chrétiens, et puis la ville de Zara est proche du roi de Hongrie, engagé lui-même dans la croisade ... Les divergences finissent de diviser l'armée en 2 camps.

L'armée finit quand même par embarquer, mais non pas pour Jérusalem mais pour Constantinople. En effet, le prince Alexis IV avait proposé d'appuyer avec l'empire germanique la croisade si on l'aidait à chasser son oncle qui avait pris le contrôle de la ville après avoir emprisonné son père.

Les croisés acceptent l'échange de services et après de nombreuses batailles il arrivent à vaincre l'oncle. Alexis tient parole, s'engage dans la croisade mais demande alors un peu de temps pour amasser la somme nécessaire. Fatigués, les croisés acceptent.
Cela fait presque 5 ans qu'ils sont partis de chez eux et ils ne sont toujours pas à Jérusalem.
En plus, les habitants de Constantinople les perçoivent comme une gène et les tensions se multiplient.

Alexis IV n'arrive pas à réunir la somme. Les croisés lui lancent un ultimatum, mais c'est alors que le prince est assassiné par Murzuphle, qui se met le peuple « dans la poche » en lui promettant le départ des croisés.

La situation est délicate : ayant fait une croix sur l'argent promis, impossible de financer le voyage retour. Une seule solution : reconquérir Constantinople et se partager le butin.
En 1204, après de nombreuses incursions et attaques, Murzuphle s'enfuit, la ville est pillée et incendiée, ses richesses partagées entre les vénitiens et les francs.

Les croisés peuvent enfin rentrer, sans même avoir vu cette fois les murailles de Jérusalem


En guise de conclusion, cette journée du 8 novembre nous a permis de bien voir le développement de l'influence de l'Eglise, d'abord persécutée, puis tolérée, puis imposée pour devenir enfin au Moyen Age les bases de la société occidentale.
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# Posté le lundi 09 novembre 2009 05:41

Le Moyen Age aujourd'hui

Le Moyen Age aujourd'hui
Bon, je l'avoue humblement : on ne peut pas avoir d'événement médiéval précisément daté tous les jours. Donc comme je n'ai toujours rien aujourd'hui je décide de partager avec vous un coup de coeur médiévalo-contemporain : Le Musée des Temps Barbares (Aisne).

Le Musée des Temps Barbares est ce qu'on appelle un "parc archéologique", c'est à dire qu'il présente des reconstitutions d'habitats réalisées d'après des données archéologiques.
Il est entièrement dédié aux temps des mérovingiens.

Et si sous l'appellation "parc archéologique" on trouve de tout : de l'expérience scientifique pure à l'eurodisney des chevaliers, je vous assure que le musée des Temps Barbares est d'une qualité scientifique et historique irréprochable.
En témoigne d'abord le plan du village reconstitué qui est une réplique d'un site fouillé dans l'Aisne : taille, forme et orientation des maisons sont calqués sur les traces des trous de poteaux.

S'il porte aussi le nom de musée, c'est que sont présentées de façon "plus classique" un ensemble de collections issues de fouilles départementales. L'exposition est installée dans un ancien moulin et sert de porte d'entrée au parc extérieur qui se développe derrière.

Voilà pour la mise en place des éléments de décor, mais donnons maintenant un peu de vie à tout ça...

Pour la petite histoire, je suis allée à Marle visiter le Musée des Temps Barbares il y a maintenant 3 ou 4 ans. Je travaillait à mon Master universitaire consacré à "la restitution de l'archéologie au grand public par la reconstitution" et pour cela j'avais déterminé une quinzaine de parcs à étudier et à comparer. Le musée des Temps Barbares en faisait partie.
J'avais décidé de me rendre sur place pour visiter un maximum de parcs moi-même, avec une petite préférence pour le Nord de la France puisque je suis de l'Isère et que j'avais envie de découvrir un peu cette partie de mon pays que je ne connaissais pas.

Me voilà donc partie avec ma tente, mon sac de couchage et mes billets de TER, à la grande aventure.... Enfin à la grande débrouille surtout parce que l'étudiant n'est pas réputé pour le poids de son portefeuille.
J'appelle donc au Musée des Temps Barbares, tombe sur un certain Alain Nice qui extrêmement gentiment m'invite plutôt à passer une nuit dans sa famille (grands enfants ayant désertés le foyer familial).

Ni une ni deux j'accepte... et je crois que c'est une des meilleurs choses que j'ai fait dans mon parcours universitaire et professionnel.
Non seulement parce que le voyage était génial, tout autant que l'accueil sur place, ou parce que les reconstitutions présentées m'ont enthousiasmé par leur qualité, .... mais parce qu'avec Alain nous avons discuté, discuté et discuté encore.. d'archéologie, de projets, de vie ... Il m'a raconté son parcours, son engagement pour le Musée, ses difficultés et ses victoires...
Et moi, j'ai bien écouté, j'ai inscrit tout ça dans mon cerveau ... et je pense que si j'ai eu le courage après mes études de me lancer à mon propre compte pour travailler à la médiation historique et archéologique c'est parce qu'Alain Nice (que je n'ai jamais recroisé) continuait d'imprégner ma mémoire.

Je ne suis jamais retournée au Musée des Temps Barbares parce que la vie est souvent faite de choses que l'on ne maîtrise pas, mais je suis toutes les actualités, je regarde ce qui se passe, j'écoute ce qu'on raconte.
Le musée des Temps Barbares, c'est à la fois mes belles années d'étudiante et mes encore plus belles années de professionnelle.


Petite visite du parc :

"Marle-sur-Serre, 3 minutes d'arrêt"
... pfff c'est toujours comme ça dans les petites gares, il faudrait presque se jeter du train pour descendre à son arrêt... Impossible de "veiller à ne rien avoir oublié dans le train"..
Et puis c'est où maintenant ? A oui, ici la rue principale, puis voilà la Serre donc si je la suis j'ai de fortes chances de tomber sur un moulin non ? Et voilà le Moulin... mais où sont les reconstitutions ?
Bon ... j'y vais, j'entre.

Le Musée dans le moulin, c'est le tout premier balbutiement du Musée des Temps Barbares. Réserve pour les archéologues, elle est ensuite aménagée et ouverte au public en 1991.

A première vue, ça ressemble vraiment à une expo des années 90 : des vitrines à angles droits, des grands panneaux illustrés accrochés aux murs, à l'étage un petit film qu'on projette sur demande.
Et puis finalement on se fait vite prendre dans l'ambiance. Les textes sont très bien faits, les objets somptueux côtoient les accessoires du quotidien, quelques mises en scène évoquent leur utilisation.
Le site de Goudelancourt-les-Pierrepont a livré un très riche témoignage de la vie quotidienne des guerriers-paysans à l'époque mérovingienne. La vidéo explicative est bien tournée.

La première impression est bonne, je ressors un peu étourdie de la salle de projection et sors du moulin par la porte arrière, prête à en découdre avec les reconstitutions.

Devant moi, une ferme mérovingienne.
Si je dis une ferme, il faut vous imaginer plusieurs bâtiments : au moins 2 corps d'habitation, un abri pour le four à pain, un petit fond de cabane pour le stockage du matériel.
Quelques poules semblent avoir fait de ces bâtiments reconstitués en pisé et torchis avec toit en chaume leur domaine.
On peut rentrer dans les corps de logis, il y a des tables, une cheminée noircie qui semble servir tous les jours, un étage qu'on pourrait atteindre au risque de grimper une échelle de bois, du mobilier ...
On attire mon attention sur un point intéressant : comme on n'est pas capable d'affirmer de façon sure que les toits avaient telle ou telle forme, on a essayé plusieurs hypothèses sur les fond de cabane. D'où leur dysymétrie un peu bizarre au premier coup d'oeil.
C'est pas mal, mais je cache quand même un peu ma déception : j'ai fait tant de kilomètres en TER pour ces quelques bâtiments ... certes jolis mais pas de quoi parler d'un "village mérovingien".

Derrière la ferme, une ligne d'arbres me cache la vue. On me guide dans cette direction, devant un grand panneau qui présente les fouilles du site de Juvincourt et Damary (dans l'Aisne aussi), avec un grand plan de fouilles.
Je suis sceptique : le grand public va avoir du mal à comprendre toutes les taches noires qui correspondent à des trous de poteaux. Mais c'est parce que je ne vois pas de façon assez large ...

En fait, en levant les yeux, je découvre derrière le panneau un immense terrain, avec un village si complet qu'on le croirait conservé en l'état depuis les mérovingiens.
Maisons, ateliers, fonds de cabane ... tout a été remonté avec talent et précision. On peut rentrer dans les maisons mais elles on l'air tellement réelles que l'on croirait à chaque instant que leurs habitants vont débarquer en demandant ce que l'on peut bien faire chez eux...
Le jardin est entretenu, et dans une des maisons pendent des fils teints grâce aux plantes tinctoriales que l'on y fait pousser. Plus loin, un chaudron fume encore au-dessus de son foyer.
C'est vraiment splendide, et on a l'impression d'avoir réellement voyagé dans le temps.

A l'époque où j'ai visité le parc, des vestiges industriels (cheminées bombardées pendant la seconde guerre mondiale) gachaient un peu la vue en arrière plan, mais depuis elles ont été démontées et j'imagine la beauté de la vue maintenant qu'elle ne doit donner que sur le village de Marle et sa traditionnelle église.

Donc vous l'avez compris, les bâtiments m'ont enchantée ... mais comme dans beaucoup de parcs, j'ai un peu l'impression d'une coquille vide.
Heureusement me dit Alain, demain est une grande journée : c'est la "Journée Mérovingienne". Chouette... vivement demain.

Le soir même, attablés chez Alain autour d'un sympathique barbecue, nous sommes rejoints par une famille originale et sympathique : le père, la mère et le grand fils. Ce sont les "Viking de Chaubuisson" me dit Alain," mais ils sont là pour appuyer les journées mérovingiennes demain".
En fait, ils sont nombreux à venir appuyer Alain dans ses projets. Les Viking de Chaubuisson, mais aussi les Francs de Marla Curtis, une troupe locale composé d'habitants de Marle qu'Alain a réussi à convertir à la passion de l'archéologie, comprenant aussi sa femme et sa fille.
Le Musée des Temps Barbares est une histoire de famille et d'amitié.

"Un jour, un incendie s'est déclaré et a ravagé une partie des reconstitutions, me racontent les viking de Chaubuisson, Alain était durement touché alors toutes les troupes du coin se sont généreusement mobilisées pour organiser un grand événement historique pour récolter des fonds et lui remonter le moral".
Alain Nice, enfant du pays, s'est tellement engagé personnellement pour la conservation du patrimoine local (il est aussi spécialiste de la 2e guerre Mondiale) qu'il en est devenu une figure incontournable (à quand la statue sur la place de la mairie?)

La Journée Mérovingienne était un franc succès (c'est le cas de le dire). Démonstrations de tissage, de manoeuvres armées, d'artisanats, de tissage, dégustation de cette fameuse soupe qui fumait dans le chaudron..
Le temps d'une journée j'ai complètement oublié que j'étais en train de travailler sur mon mémoire et je me suis complètement laissé prendre au jeu.
Je suis rentrée avec dans mon sac un super couteau mérovingien réalisé par mes nouveaux amis viking : le manche en bois par le fils, la lame par le père et l"étui en cuir par la mère. Je l'ai encore et il m'a bien servi lorsque je suis partie jouer moi aussi aux vikings en Suède à Eketorp (mais c'est une autre histoire que je vous raconterais un jour).

Ces rencontres se sont passées il y a quelques années, mais je m'en souviens encore comme si c'était hier.

Aujourd'hui, le Musée des Temps Barbares continue à se développer, avec une grande partie de l'énergie consacrée à l'organisation d'événements d'Histoire Vivante.
Le festival d'Histoire Vivante organisé chaque année en juin accueille de plus en plus de troupes et s'impose comme la référence française en matière de reconstitution.
Les journées Mérovingiennes continuent aussi d'exister.

Alors si jamais vos pas (ou les rails) vous mènent dans le département de l'Aisne, je ne peux que vous recommander chaudement d'aller faire un petit tour à Marle-sur-Serre à la rencontre d'Alain ou des francs de Marla Curtis.
Le programme d'événements est mis régulièrement à jour sur le site internet du Musée des Temps Barbares, vous y trouverez de quoi régaler toute la famille : des enfants curieux aux adultes spécialistes...

http://www.museedestempsbarbares.fr

Merci à toute l'équipe du Musée et plus particulièrement à Alain pour m'avoir montré que la volonté peut faire bouger les montagnes !

# Posté le mercredi 04 novembre 2009 04:29

Aujourd'hui ... au Moyen Age (2 novembre)

Aujourd'hui
jour de pluie
Point de faits
à citer

L'eau monte toujours à Florence
Demain on aura plus de chance
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# Posté le lundi 02 novembre 2009 02:59